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Livre

La stratégie de l’émotion

« Je me défie de ceux qui appellent à mon sentiment dans les choses que je peux décider par la raison »

(Condorcet, Lettres d’un gentilhomme à messieurs du tiers état -1789)

Les émotions sont partout. Elles sont parlées, exposées, décortiquées à chaque évènement ou non-événement. Ce sont les émotions qui président dans les médias et leurs actualités où l’on ne demande pas ce que vous pensez mais ce que vous ressentez face à une information, une image ou un événement. Sur les lieux professionnels les émotions sont souvent mises en avant y compris parfois par certaines organisations syndicales qui, à défaut de dénoncer rationnellement une situation difficile, oublient le factuel et l’analyse au profit du champ lexical des affects, parfois même au risque de perdre de vue le réel. Sur ces mêmes lieux professionnels les émotions sont parfois sollicitées pour une meilleure efficience au point d’embaucher des « hapiness manager » en charge du bonheur des salariés… « L’émotion occupe tout l’espace, clos des questionnements, érige une barrière devant la réflexion, empêche la pensée. […] dans le jeu social actuel, on se fie à l’alarme pour apprécier une situation, pour prendre parti, pour se positionner vis-à-vis des autres » (notez que toutes les citations sont extraite du livre, sauf mention contraire). Les exemples de ce mode d’appréhension du réel abondent. La relation au monde, quel que soit l’activité concernée, se soumet à l’empire de l’émotion à tel point que la gestion sociale de l’émotion est devenu la gestion de la société par l’émotion. 

Loin d’être anecdotique l’envahissement des espaces par les affects relève quelquefois de manipulations conscientes (ou inconscientes) mais sert assurément de levier pour convaincre. Ce sont les émotions suscitées par les dégradations et violences des gilets jaunes et autres « Black Blocs » tournant en boucle sur les chaînes infos. Et dernièrement l’intox de l’intrusion de ces derniers dans un hôpital qui font espérer au Président et son Gouvernement le gain d’une bataille de l’image et de l’opinion au détriment de la réponse sociale appropriée. Ce sont les émotions suscitées par l’incendie de Notre Dame qui amène le Président à mettre en avant une image conquérante de sauveur en promettant une reconstruction sur 5 ans contre l’avis de ceux qui en ont pourtant la compétence…

Parfois salutaire parce qu’elle revêt notre humanité, parfois tyrannique lorsqu’elle occupe tout l’espace, la stratégie de l’émotion est en tout cas assez présente dans tous les espaces de nos vies pour que nous en saisissions les contours et les dangers, et c’est justement ce que nous propose Anne-Cécile Robert dans son ouvrage « la stratégie de l’émotion » paru aux éditions Lux.